By JEAN-PIERRE on 02 Apr, 08 · · ·
Rappelons la distinction essentielle qui doit être faite entre :
• La culpabilité qui est un fait objectif : quand on commet un acte répréhensible, on est coupable, qu'on le sente ou non.
• Le sentiment de culpabilité qui est de l'ordre du subjectif : ainsi une personne peut ne pas se sentir coupable d'un acte répréhensible, et par contre se sentir coupable d'un acte qui ne l'est pas.
L'exemple classique est celui d'Eichmann, ce grand criminel nazi qui à son procès ne se reconnut coupable d'aucun crime, mais rougit de confusion lorsque le procureur lui reprocha de ne pas s'être levé au moment du verdict comme il aurait dû le faire.
DES COMPORTEMENTS RÉPÉTITIFS
Ce sentiment n'apparaît pas à visage découvert, mais se cache derrière certains comportements répétitifs que l'on peut repérer soi-même.
Un client a du mal à croire le thérapeute quand celui-ci lui signale des indices d'un sentiment inconscient de culpabilité.
Par exemple Joël échoue régulièrement à ses examens. Il a du mal à croire que c'est parce qu'il se sent coupable de prendre la place de son frère victime d'un accident qui l'a laissé paralysé.
Voici quelques comportements pouvant indiquer qu'un client se sent coupable :
• Parce qu'il se sent indigne, il éprouve des difficultés à s'octroyer du plaisir, à prendre des vacances, à " perdre son temps ".
• Il choisit un conjoint ou un métier qui ne lui convient pas, dans le but de se punir. Si le bonheur croise sa route, il le transforme en malheur.
• Il s'accable de reproches, se croit responsable des conflits ou des erreurs de ses proches. Il ne sait pas accepter un mot d'affection ou un compliment.
• Si ses parents lui ont appris que la vie n'est que devoirs et sacrifice, il se sent coupable chaque fois qu'il trouve plaisir à quelque chose.
• Il est parfois paralysé dans ses capacités d'agir, tant la charge de culpabilité est forte.
• Il se sent insécurisé face aux autres, croit que ceux-ci ne l'aiment pas.
• Il dit oui à tout ce qu'on lui demande. Cette attitude dénote sa culpabilité cachée. Sous couvert d'altruisme, il se force à nier sa liberté individuelle et son besoin de repos.
• Il offre des cadeaux pour se faire pardonner une longue absence ou une colère.
• Il critique les autres en projetant inconsciemment ses propres fautes sur eux.
• Il a des problèmes sexuels qui trouvent racine dans des expériences sexuelles hors mariage, des abus sexuels subis dans son passé (la victime se sent coupable) ou dans le fait d'avoir eu un père dominateur ou une mère castratrice.
• Il protège une personne qui dans le passé lui a fait subir un traumatisme grave. Parce qu'il ne peut se permettre d'accuser le vrai coupable (père, mère, membre de la famille ou ami) il s'auto-punit inconsciemment, pensant ainsi protéger le coupable.
Le thérapeute aidera le client à exprimer sa colère pour le traumatisme subi. C'est cela seul qui le libèrera de sa culpabilité destructrice qui est ici un sentiment racket, une notion d'analyse transactionnelle. Les sentiments authentiques que l'on devrait éprouver devant des sévices, une injustice ou un traumatisme sont la colère, la tristesse et/ou la peur.
LES SIX " CRIMES IMAGINAIRES " LES PLUS COURANTS
Un thérapeute constate parfois qu'un client se sent coupable d'un ou plusieurs crimes imaginaires. Ces crimes, qu'il n'a pas commis, sont souvent fondés sur des auto-accusations erronées et des messages destructeurs provenant de ses parents. Il se punit comme si ces crimes étaient réels.
1. Surpasser les membres de sa famille
Le client se sent coupable de dépasser un de ses proches, par exemple s'il est heureux alors que sa mère est dépressive, s'il est séduisant alors que son frère n'avait aucun succès auprès des filles, s'il est devenu cadre supérieur alors que son père est manœuvre.
Ce crime repose sur deux convictions inconscientes et erronées :
- Si je jouis des joies de l'existence, cela signifie que je les prends toutes, sans en laisser pour ma famille.
- Si j'atteins mes buts, j'humilie mes proches qui, eux, n'y sont pas parvenus.
Le sentiment de culpabilité du client dépend de la réaction de ses parents à sa réussite. S'ils en sont contrariés ou si leur vie est une suite d'échecs, il pensera que c'est de sa faute et il sabotera sa propre vie avec d'autant plus d'énergie.
2. Être un fardeau
Votre client peut croire qu'il a été une charge pour ses parents et que, s'il avait été plus intelligent, en meilleure santé ou plus discipliné, ceux-ci auraient été plus heureux. S'il a été un enfant débordant d'activité, il pense avoir fatigué sa mère qui aimait le calme. Il aurait aimé ressembler à son frère qui, lui, était un enfant tranquille et satisfaisait sa mère.
Le client doit comprendre que son tempérament est d'ordre génétique, il n'en est nullement responsable, même si ses parents le trouvaient difficile à élever. Si son père et sa mère ont divorcé, ce n'est pas non plus sa faute ; c'est pourtant ce que croient environ un tiers des enfants de divorcés.
3. Voler l'amour de ses parents
Ce crime imaginaire est celui dont s'accuse le client qui était le préféré de ses parents. Il pense qu'en recevant l'amour dont un frère, ou une sœur, semblait avoir besoin pour s'épanouir, il lui a volé la force vitale qui l'aurait rendu heureux. C'est un peu comme si sa mère l'avait trop nourri en laissant son frère mourir de faim.
Le client a aussi parfois l'impression d'avoir volé de l'amour si l'un de ses parents l'aimait plus tendrement qu'il n'aimait son conjoint. La culpabilité ici risque d'être forte, car liée au plaisir.
4. Abandonner ses parents
Ce crime imaginaire est le fait de devenir indépendant, d'avoir ses propres opinions et de se séparer de ses parents, physiquement et émotionnellement. Certains parents, en se plaignant et en jouant aux martyrs, font comprendre à leur enfant qui devient indépendant, qu'il fait preuve de cruauté. Ils s'attendent à ce qu'il prenne soin d'eux et ne les quitte jamais.
Si votre client a eu de tels parents, il peut se sentir affreusement coupable et se punir en sabotant sa vie pour expier ce soi-disant crime d'avoir abandonné ses parents.
5. Trahir les siens
Une personne se sent coupable de ce crime si elle a déçu les espoirs et les attentes de ses parents. Elle a enfreint les règles familiales en ayant des opinions politiques ou religieuses différentes ou en choisissant un métier à l'opposé de celui qu'auraient espéré ses parents. Ceux-ci sont déçus de ce qu'est devenu leur enfant réel par rapport à l'enfant dont ils rêvaient.
La manière la plus fréquente de trahir les siens est de se montrer critique envers eux. Certains parents refusent toute critique,ou en sont bouleversés, alors qu'après tout ils ne sont pas parfaits et sont critiquables.
Même devenu adulte, l'enfant n'ose pas admettre les défauts de ses parents, casser leur image idéalisée.
Commencer une relation d'aide ou une thérapie semble pour certains une trahison à l'égard de leurs parents : ils ont du mal à reconnaître que ceux-ci ont parfois mal agi envers eux.
6. Être fondamentalement mauvais
Certains parents voudraient que leur enfant soit parfait, avant même qu'il ait grandi. Un enfant de trois ans qui laisse tomber une assiette s'entend dire qu'il est méchant, alors qu'il est seulement maladroit. Lorsque ces remarques dévalorisantes sont répétées durant des années, l'enfant en conclut qu'il est réellement et foncièrement mauvais. Plus un enfant est négligé affectivement, mal traité physiquement, voire abusé sexuellement, plus il est convaincu qu'il n'est pas aimé parce qu'il n'est pas digne de l'être. Un enfant serait terrifié d'admettre que ses parents sont psychologiquement perturbés ou pervers, il prend donc tout le blâme sur lui.
Cette conviction qu'il est fondamentalement mauvais n'est pas transmise uniquement par les parents : les frères et sœurs, les professeurs, la société dans son ensemble, jouent aussi un rôle.
Il est possible qu'un client se sente coupable de plusieurs crimes imaginaires à la fois.
Gilbert, qui est médecin, se reprochera par exemple :
• D'avoir surpassé son père qui était ouvrier en réussissant mieux que lui professionnellement.
• D'avoir abandonné sa mère pour suivre des études médicales.
• D'avoir été un fardeau pour elle.
• D'avoir volé son amour parce que sa mère le préférait à sa jeune sœur moins douée.
Le thérapeute doit savoir que le processus qui permet à son client de devenir conscient de ces fausses culpabilités jusqu'alors inconscientes, est complexe et demande du temps. Ce n'est qu'en comprenant peu à peu ce qui lui est arrivé étant enfant, qu'il pourra comprendre aussi ses crimes imaginaires et, par conséquent, s'en absoudre.
Au fur et à mesure que se relâchera l'emprise de ses sentiments de culpabilité, les conduites d'échec, d'autopunition, de sabotage du succès et d'inaptitude au bonheur régresseront d'autant. S'il ne doit pas s'attendre à une transformation rapide ou facile, il doit cependant être assuré qu'avec le temps, le changement s'opèrera.
Se libérer de la " fausse " culpabilité est un processus de longue haleine, mais la récompense est grande, puisqu'il s'agit de la liberté d'être soi-même.
Comment répondre à la souffrance?
Qu'en est-il de la souffrance qui est là, dans cet autre que moi-même, souffrance qui me renvoie à ma propre humanité, avec une histoire, et, dans cette histoire, à ma propre confrontation à la souffrance et au Mal. Ce qui se dit Mal, et dont, à posteriori, je rends témoignage, en tant que Sujet, qu'à le traverser, et de renoncer à le comprendre, j'ai posé une direction, trouvé du sens pour ma vie.
La souffrance est solitude, solitude en tant que hors -communication à l¹Autre du langage, communication rompue.
Que dire de cet abîme qu'est la souffrance, l'horreur indescriptible de la souffrance, qu'en dire sinon qu'il ne peut rien s'en dire sauf à la traverser?
La souffrance est abîme, la souffrance est fracture, elle est déchirement. Dans la souffrance, l'être humain se trouve entraîné dans un vertige, vers ce vide qui le ronge et dans lequel il ne voit pas comment vivre, sauf à survivre en s'identifiant à cette mort à soi.
Est t'il possible que YAHVE, en la personne de Jésus, puisse nous dire quelque chose de la souffrance?
-Souffrance dans le corps, lorsque la douleur nous fait nous réduire à la zone du mal, nous morcelle, nous pré-anéantit, telle la souffrance des cancéreux, ou celle des suppliciés sur une croix : douleur qui ne peut plus se dire, qui ne peut plus se penser, ni se communiquer, sauf dans des mots épars, tronqués, jetés comme autant de SOS, des mots si pauvres que les plus éminents cancérologues n' ont pu qu'alerter les équipes soignantes sur la vitale nécessité de laisser se dire encore la vie autour ne serait ce qu'une question sur le où, le comment, le combien ça fait mal (et sachant qu'il ne s'en dira jamais que la pointe cachée, d'où l'immense respect et humus à maintenir autour de ce comment ça fait mal).
• Souffrance dans l'âme, souffrance du Sujet dont le regard se rétrécit inexorablement sur le trou noir de la souffrance, se coupant des autres, ne trouvant plus les mots, ne trouvant plus qu'à poser son identité dans la solitude de cette souffrance même, dans une démarche qui dit la mort pour dire encore l'humain, pour exister même si c'est au prix d'exister à la vie.
• Souffrance infinie de l¹esprit que celle de la rupture imaginée d¹avec Dieu, lorsque le sens se perd.
Dans l¹abîme de déraison de la souffrance et du Mal, l¹assurance de notre raison même est ébranlée, il nous faut renoncer à tout dire, à tout comprendre. En plus stricte humilité, la parole se pose comme en filigrane pour passer au delà de ce gouffre.
Mais alors, qu'en dire, comment traverser ce désert, cet abîme? Le thérapeute trouvera sa place dans une position qui dira aussi sa finitude, le possible d'un Amour de transfert.
Cette place est celle de Témoin:témoin d'une traversée qui aura été la sienne de la souffrance et du Mal, non dans ce qu'il pourrait en dire( il est dans cette même impossibilité à dire en totalité le Réel), mais dans ce que la parole qu'il peut entendre de cet autre, là, dit de ce qu'il est Sujet, dit d'une traversée possible, dit de la Parole qui va nouer ce Réel, cette souffrance impossible à dire en totalité, qui va trouer l'imaginaire dévastateur de la souffrance, de l'auto accusation, de la désespérance.
Seule la Parole pose un pont au dessus de l'abîme de la souffrance, qui ne pourra jamais dire l'abîme, et pourtant qui dira de l'humain et d'un Sens de Vie dans le simple fait qu'une parole, quelqu'elle soit, dans toute sa limitation, peut être et est posée.
C'est de cette position de Sujet et de témoin de ce qu'un nouage est possible que le thérapeute montre qu'il est une advenue possible du Sujet en se laissant être porteur de Parole. Autre du langage, face à cet autre, et référencié à une transcendance.
J'ajouterais que, dans cette position, le thérapeute ne peut être figé, puisqu'il dit toujours d'un mystère du Réel qui est venu le rencontrer, lui donner un Sens de Vie au delà de la souffrance inexprimable, puisqu¹il renvoie à un Radicalement- Autre qui seul est pleinement Sujet, pleinement numineux, sans la butée de nos impossibles, de nos finitudes, de notre humanité.
Le thérapeute peut seulement se laisser être témoin, sans rien en dire, que des moments numineux sont possibles qui permettent d'aller au delà d'une présentification identitaire dans la mort de la souffrance, et ce par un changement de plan.
De cette place qui le pose Sujet, l’éthique permet au thérapeute le nouage avec ce qui le fait homme, en relation à l'autre de la fraternité irréductible, et en référence à un Radicalement-Autre qui le transcende.
Quand la souffrance est reconnue par un autre comme la trace du surgissement du Sujet, la parole redevient fiable et les ténèbres de l’horreur se déchirent.
By JEAN-PIERRE on 31 Mar, 08 · · ·
QU'ENTEND-ON PAR ABUS SEXUEL ?
1. Une contrainte ou un contact
Un abus sexuel est toute contrainte (verbale, visuelle ou psychologique) ou tout contact physique, par lesquels une personne se sert d'un enfant, d'un adolescent ou d'un adulte, en vue d'une stimulation sexuelle, la sienne ou celle d'une tierce personne.
Un contact physique est, certes, plus grave qu'une contrainte verbale. Mais il faut savoir que tout abus constitue une violation du caractère sacré et de l'intégrité de la personne humaine et provoque toujours un traumatisme.
* La contrainte verbale désigne : une sollicitation sexuelle directe ; l'usage de termes sexuels ; la séduction subtile ; l'insinuation. Tout cela vis-à-vis d'une personne qui ne désire pas les entendre.
* La contrainte visuelle concerne : l'emploi de matériel pornographique ; le regard insistant sur certaines parties du corps ; le fait de se dévêtir, de se montrer nu, ou de pratiquer l'acte sexuel à la vue de quelqu'un. Ici encore, sans que la personne le désire.
* La contrainte psychologique désigne : la violation de la frontière entre le relationnel et le sexuel (un intérêt excessif pour la sexualité de son enfant) ou entre le physique et le sexuel (des lavements répétés ; un intérêt trop marqué pour le développement physique d'un adolescent).
* Le contact physique peut être : assez grave (baiser, attouchement du corps à travers les vêtements, que ce soit par la force ou non, avec ou sans pression psychologique ou affective), grave (attouchement ou pénétration manuels ; Simulation de rapports sexuels, contact génital, tout cela avec ou sans violence physique), ou très grave (viol génital, anal ou oral, obtenu de quelque manière que ce soit, par la force ou non).
2. La stratégie de l'abuseur
Un abus n'est pas le fait du hasard de la part de celui qui le commet. Étant un pervers, celui-ci prémédite et organise la relation en attendant le moment où ses fantasmes vicieux lui paraîtront réalisables. La victime ignore bien entendu tout cela.
La stratégie perverse comporte en général quatre étapes :
a. Le développement de l'intimité et du caractère confidentiel, privilégié, de la relation
Cette phase, plus ou moins longue (de quelques heures à quelques années), vise à mettre en confiance la future victime qui ne se doute de rien.
b. Une interaction verbale ou un contact physique apparemment "convenable » pour la personne qui va être abusée (confidences de caractère sexuel, caresse des cheveux, embrassade amicale). La personne n'a pas peur, et pour cause : dans 29% des cas, son futur abuseur est un membre de la famille, dans 60% des cas un familier ou un ami. Seuls 11% des abus sont commis par un inconnu.
c. Une interaction sexuelle ou un contact sexuel
C'est la phase de l'abus proprement dit. Ici la victime se retrouve dans la même situation qu'un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les phares d'une voiture : pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture. L'abuseur, lui, est conscient de ce qu'il fait à sa victime.
d. La continuation de l'abus et l'obtention du silence de la victime par la honte, la culpabilisation, les menaces ou les privilèges.
Ce silence est rarement rompu. L'abus reste un secret absolu très longtemps, parfois toute la vie.
Trois survivantes des sœurs Dionne, les célèbres quintuplées canadiennes, ont attendu l'âge de soixante et un ans pour révéler, dans leur biographie, qu'elles avaient été sexuellement agressées par leur père.
En gardant le silence, la victime se fait, malgré elle, l'alliée de l'abuseur, puisque la seule chose qu'il redoute, c'est d'être dénoncé. Le fait de devenir ainsi, bien involontairement, son alliée, renforce le mépris qu'elle a d'elle-même et sa culpabilité.
Ce sera une des tâches du psy de lui expliquer qu'une personne sexuellement abusée n'est jamais ni coupable ni responsable. Elle ne pouvait pas deviner que les deux premières étapes n'étaient qu'une stratégie de l'abuseur.
Il devra aussi lui dire qu'une personne qui est sous la domination d'un abuseur ne peut s'en sortir qu'en le dénonçant et en révélant ce qu'elle a subi. Or en parler est pour elle très difficile, pour plusieurs raisons.
POURQUOI UNE VICTIME A-T-ELLE TANT DE MAL A PARLER
DE CE QU'ELLE A SUBI ?
1. Elle met parfois beaucoup de temps pour réaliser qu'elle a été abusée
Le temps ne compte pas pour l'inconscient, il s'est comme arrêté pour la victime : c'est souvent l'apparition de symptômes comme la dépression ou des troubles sexuels qui l'incitera à laisser enfin sa souffrance refaire surface et à accepter d'en parler. C'est le premier pas vers la guérison.
Mais parler de ce traumatisme, prendre conscience de cette vérité : « J'ai été abusée», peut être un choc terrible. Le conseiller aura besoin de tact et d'une grande compassion pour laisser la personne découvrir elle-même et à son rythme, l'ampleur du drame qu'elle a vécu. Il comprendra l'extrême répugnance qu'elle éprouve à admettre que son corps et son âme ont été ravagés. Elle aimerait tant oublier, ne jamais avoir vécu cela, qu'elle se réfugiera de temps en temps dans le déni : « Cela n'a pas pu m'arriver.»
La personne sera encouragée à continuer à parler si vous croyez ce qu'elle dit (elle a absolument besoin de sentir qu'on la croit) et si vous évitez certaines phrases destructrices comme :
- Il a juste fait une erreur, comme nous en faisons tous.
- Ce n'est arrivé qu'une fois, après tout.
- Il est temps que vous tourniez la page.
- Ça s'est passé-il y a si longtemps.
2. Elle se sent coupable
Dans son for intérieur, sans même le dire ouvertement, la personne pense :
- Est-ce que ce n'était pas un peu de ma faute ?
- Est-ce que je n'aurais pas pu l'éviter ?
- Est-ce que, placé dans ma situation, quelqu'un d'autre aurait réussi à résister, à se débattre,
à s'enfuir?
Le psy peut aller au devant des questions qu'elle n'ose pas exprimer en lui demandant :
- Qui détenait le pouvoir (parental, spirituel, moral, organisationnel, physique, psychologique) ?
- Qui était l'adulte ? Le repère social ? Le référent ?
- Qui était l'instigateur, l'organisateur de cet abus ?
- Qui pouvait y mettre fin ?
Il peut lui faire comprendre que sa culpabilité est liée au décalage entre son vécu passé (et les raisons pour lesquelles elle n'a pu empêcher d'être abusée : son jeune âge, son ignorance, sa totale confiance) et son vécu actuel, où elle est plus âgée, moins ignorante, moins naïve et où elle sait se protéger.
Elle se croit coupable parce qu'elle regarde les événements passés avec les yeux de l'adulte avertie qu'elle est aujourd'hui. Or, à l'époque, elle ne possédait pas les protections suffisantes pour empêcher l'abus.
On peut aussi l'aider à différencier le point faible dont s'est servi le pervers, par exemple un besoin de tendresse tout à fait légitime, une confiance aveugle, et le crime qu'il a commis, en profitant de ce besoin légitime d'affection ou de cette confiance, pour assouvir ses désirs immoraux.
Déconnecter ces deux éléments est souvent un moment de vérité et un soulagement pour la personne, qui fait son deuxième pas vers la guérison quand elle ne se sent plus responsable.
Mais le chemin sera encore long jusqu'à la cicatrisation de la blessure. La précipitation et l'impatience sont par conséquent les grands ennemis du conseiller (et du client) dans ce domaine.
3. Parler peut lui coûter cher
A chaque fois que la personne abusée se replonge dans l'horreur de son passé, elle doit payer un prix très élevé. En essayant d' « oublier» l'abus, de tourner la page, elle avait construit un certain équilibre, par exemple avec ses proches.
Si elle décide de faire éclater la vérité, elle risque de désorganiser cet équilibre factice et de susciter des pressions de ses proches. Il se trouve toujours de faux « bons conseillers» soucieux de leur tranquillité et du qu'en dira-t-on, qui l'accuseront de mentir ou d'exagérer, lui reprocheront de réveiller le passé et l'inciteront à oublier, voire à « pardonner» ; le comble est qu'elle risque même d'être perçue comme responsable de l'abus.
Le psy devra donc la soutenir, l'encourager et assurer sa protection matérielle et psychologique. Il l'aidera à évaluer le prix de la lutte qu'elle devra mener pour sortir du bourbier de l'abus sexuel et à réaliser que son désir de s'en sortir sera souvent contrecarré par ceux qui devraient le plus l'assister : sa famille ou les responsables des institutions.
Il est à noter que lorsque l'abuseur fait partie d'une institution, quelle qu'elle soit , celle-ci décide souvent, par peur du scandale, de le « couvrir» et donc de rester dans le déni de l'abus, plutôt que de reconnaître publiquement l'existence d'un pervers sexuel au sein de l'institution.
Il y a un consensus de réprobation sur la personne qui a le courage de remuer ces choses immondes : qu'elle continue à être comme une morte vivante, ce n'est pas grave. Ce qui est le plus important, c'est qu'elle se taise.
4. Elle souffre de la honte
Sartre a dit de la honte qu'elle est « l'hémorragie de l'âme». Un abus sexuel marque la personne au fer rouge, la souille, la pousse à se cacher des autres. La honte est un mélange de peur du rejet et de colère envers l'abuseur, qui n'ose pas s'exprimer.
Le sentiment juste qu'elle devrait éprouver est la colère. Eprouver ce sentiment libérateur l'aidera à sortir de la honte. Il faut parfois du temps pour qu'elle parvienne à exprimer son indignation face à l'injustice qui lui a été faite. Cette expression de la colère pourra se faire soit de manière réelle, face au coupable, soit, si ce n'est pas possible pour sa sécurité personnelle, de manière symbolique. Dans tous les cas, c'est à la victime à en décider.
La honte est liée au regard que la victime porte sur elle-même ; elle se voit comme souillée à vie. C'est son regard qui devra changer. Elle se pansera en changeant sa manière de se penser.
4. Le mépris
Se sentant honteuse, la personne abusée a deux solutions : se mépriser elle-même ou mépriser l'abuseur et ceux qui lui ressemblent. Dans les deux cas, le résultat est le même : elle s'autodétruit, car la haine de soi ou la haine de l'autre sont toutes les deux destructrices.
Le mépris d'elle-même peut concerner son corps, sa sexualité, son besoin d'amour, sa pureté, sa confiance.
Ce mépris de soi a quatre fonctions : il atténue sa honte, étouffe ses aspirations à l'intimité et à la tendresse (se mépriser anesthésie le désir), lui donne l'illusion de maîtriser sa souffrance et lui évite de rechercher la guérison de son être.
Lorsque le mépris de soi est très intense, il peut pousser à la boulimie, à la violence contre soi et au suicide ; dans ces trois cas, la personne châtie son propre corps parce qu'il existe et qu'il a des désirs.
5. Le véritable ennemi
Si l'on demande à une personne qui a subi un abus sexuel quel est son ennemi, elle répondra sans doute : « C'est le coupable de l'abus.» Cela semble tellement évident.
La victime a le choix : soit elle combat, en cultivant sa haine envers l'abuseur, en ruminant une vengeance contre lui ; soit elle fuit, en cherchant à oublier, en s'endurcissant pour ne plus souffrir, en se repliant sur elle-même, en devenant insensible, de manière à ne plus ressentir ni émotion ni désir.
Mais ces deux solutions sont vaines, car l'ennemi n'est pas l'abuseur. Certes, il représente un problème, mais la bonne nouvelle est qu'il n'est pas le problème majeur. Le véritable adversaire, c'est la détermination de la personne à rester dans sa souffrance, dans sa mort spirituelle et psychique et à refuser de revivre. L'ennemi réside donc, paradoxalement, dans la victime elle-même !
Ce troisième pas vers la guérison est sans doute le plus difficile à franchir. La personne doit comprendre qu’elle a devant elle la vie et la mort, et qu'il n'appartient qu'à elle de rester dans la mort ou de choisir de revivre.
Lorsque le conseiller sent qu'elle a pris la décision de sortir de la pulsion de mort pour entrer dans la pulsion de vie, il aura alors sans doute l'occasion de parler avec elle des trois grands dégâts que l'abus a produits dans sa vie et qui devront être réparés.
LES DEGATS PRODUITS PAR L'ABUS SEXUEL
Ces dégâts constituent un torrent tumultueux qui balaie tout dans l'âme, et qui inclut : le sentiment d'impuissance, celui d'avoir été trahi et le sentiment d'ambivalence, ainsi que plusieurs autres symptômes.
1. Le sentiment d'impuissance
L'abus sexuel a été imposé à la victime. Qu'il se soit produit une fois ou cent fois, avec ou sans violence, ne change rien au fait qu'elle a été dépossédée de sa liberté de choix.
a. Ce sentiment provient de trois raisons
• Elle n'a pas pu changer sa famille dysfonctionnelle, s'il s'agit d'un inceste. Ses proches ne l'ont pas protégée comme ils auraient dû le faire, sa mère ou sa belle-mère n'a rien vu ou fait semblant ne rien voir.
* Que l'abus ait été accompagné de violence ou non, qu'il y ait eu douleur physique ou non, la victime n'a pu y échapper, ce qui crée en elle faiblesse, solitude et désespoir. De plus, le coupable se sert de la menace ou de la honte pour la réduire au silence et recommencer en toute impunité, ce qui augmente son impuissance.
* Elle ne parvient pas à mettre un terme à sa souffrance présente. Seule, la décision de se supprimer anesthésierait sa douleur, mais elle ne peut s'y résoudre, alors elle continue à vivre, et à souffrir.
b. Ce sentiment d'impuissance entraîne de graves dommages
* La personne abusée perd l'estime d'elle-même, doute de ses talents et se croit médiocre.
* Elle abandonne tout espoir.
* Elle insensibilise son âme pour ne plus ressentir la rage, la souffrance, le désir ou la joie. Elle enfouit et refoule dans son inconscient les souvenirs horribles de l'agression sexuelle.
* A force de renoncer à sentir la douleur, elle devient comme morte. Elle perd le sentiment d'exister, semble étrangère à son âme et à son histoire.
* Elle perd le discernement concernant les relations humaines, ce qui explique que les victimes d'abus tombent souvent à nouveau sous la coupe d'un pervers, ce qui renforce leur sentiment d'impuissance.
2. Le sentiment d'avoir été trahi
Beaucoup de gens ignorent le nom des onze autres apôtres, mais connaissent Judas, le traître. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens estiment que rien n'est plus odieux que d'être trahi par quelqu'un qui était censé vous aimer et vous respecter.
La personne abusée se sent trahie non seulement par l'abuseur en qui elle avait confiance, mais aussi par ceux qui, par négligence ou complicité, ne sont pas intervenus pour faire cesser l'abus.
Les conséquences de la trahison sont : une extrême méfiance et la suspicion, surtout à l'égard des personnes les plus aimables ; la perte de l'espoir d'être proche et intime avec autrui et d'être protégée à l'avenir, puisque ceux qui en avaient le pouvoir ne l'ont pas fait ; l'impression que si elle a été trahie, c'est parce qu'elle l'a mérité, du fait d'un défaut dans son corps ou dans son caractère.
3. Le sentiment d'ambivalence
Il consiste à ressentir deux émotions contradictoires à la fois. Ici, l'ambivalence gravite autour des sentiments négatifs (honte, souffrance, impuissance) qui ont parfois été simultanément accompagnés du plaisir, qu'il soit relationnel (un compliment), sensuel (une caresse), ou sexuel (le toucher des organes), dans les premières phases de l'abus.
Le fait que le plaisir soit parfois associé à la souffrance entraîne des dommages considérables : la personne se sent responsable d'avoir été abusée, puisqu'elle y a « coopéré» en y prenant plaisir ; le souvenir de l'agression peut revenir lors des rapports conjugaux ; elle ne parvient pas à s'épanouir dans sa sexualité qui est pour elle trop liée à la perversité de l'abuseur ; elle contrôle et même s'interdit le plaisir et donc son désir sexuel.
Le conseiller doit expliquer à la personne qu'elle n'est pas responsable d'avoir éprouvé un certain plaisir, car il est normal qu'elle ait apprécié les paroles et les gestes de « tendresse» de l'abuseur. C'est la nature qui a donné à l'être humain cette capacité à ressentir du plaisir.
Ce qui n'est pas normal, c'est la perversion de celui qui a prémédité ces attitudes affectueuses pour faire tomber une proie innocente dans son piège. C'est lui le seul responsable.
4. Quelques autres symptômes
On pensera à un éventuel abus sexuel si le client :
- Souffre de dépressions à répétition.
- Présente des troubles sexuels : manque de désir, dégoût, frigidité, impuissance, crainte ou mépris des hommes ou des femmes, peur de se marier, masturbation compulsive. Chez l'enfant, ce trouble de l'auto-érotisme, ainsi que certaines énurésies, peuvent faire penser à un abus sexuel.
- Se détruit par l'usage abusif d'alcool, de drogue ou de nourriture. L'obésité, en particulier, permet à des jeunes filles ou à des femmes qui ont été violées de se rendre, inconsciemment, moins attirantes et de se protéger ainsi contre une autre agression.
- Souffre de maux de ventre, d'infections gynécologiques à répétition.
- A un style de relation avec les autres très caractéristique : soit il est trop gentil avec tout le monde, soit il est inflexible et arrogant, soit enfin il est superficiel et inconstant.
AIDER LA VICTIME A REVIVRE
Celle-ci devra cesser d'écouter les voix intérieures qui la maintiennent dans la culpabilité et la honte et se mettre à l'écoute de la voix de la vérité, qui la conduira vers la libération.
Elle devra aussi abandonner les voies sans issues que des personnes bien intentionnées mais incompétentes (des aidants « peu aidés» !) Lui proposent :de nier l'abus, le minimiser, oublier, pardonner au coupable sans que celui-ci se soit sérieusement repenti, tourner la page, cesser de se plaindre, etc.
La voie menant à un mieux-être comprend deux étapes : regarder la réalité en face, et décider de revivre.
1. Regarder la réalité en face
La personne devra peu à peu retrouver les souvenirs de l'abus, admettre les dégâts et ressentir les sentiments adéquats.
a. Retrouver les souvenirs de l'abus
La victime préfère souvent les oublier, tant cela la dégoûte ou la terrifie. Ou alors elle les raconte froidement, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre. Mais ce déni est un obstacle à la guérison. L’abus ne doit pas être gommé, mais nommé.
Avec beaucoup de tact, on l'encouragera à remonter dans le passé, parfois très lointain, car seul un abcès vidé peut cicatriser.
Le retour des souvenirs refoulés se fera progressivement au cours de la psychothérapie. L'inconscient de la personne collabore activement par le moyen de rêves, ou d'images qui lui reviennent à l'esprit.
Certains événements font aussi resurgir les traumatismes oubliés, par exemple : une rencontre avec l'abuseur, une grossesse, la ménopause, un autre abus, le fait qu'un de ses enfants atteigne l'âge qu'elle avait lorsqu'elle a été abusée, le fait de se retrouver sur les lieux de l'agression, ou le décès du coupable.
b. Admettre les dégâts
Ce retour pénible dans le passé va lui permettre d'admettre les dures vérités suivantes :
• J'ai été victime d'un ou de plusieurs abus sexuels. C'est un crime contre mon corps et contre mon âme.
* Étant victime, je ne suis en rien responsable de ce crime, quoi que j'aie pu ressentir.
* Suite à ces abus, je souffre de sentiments d'impuissance, de trahison et d'ambivalence.
* Ma souffrance est intense, mais la cicatrisation est possible, si j'admets qu'il y a eu blessure.
* Cette cicatrisation prendra du temps.
* Je ne dois pas recouvrir mon passé d'un voile de secret et de honte ; mais je ne suis pas non plus obligé d'en parler au premier venu.
c. Ressentir les sentiments adéquats
La culpabilité (qui est un sentiment racket très fréquent ici), la honte, le mépris, l'impuissance, la haine, le désespoir, devront peu à peu être remplacés par les sentiments plus adéquats que sont la colère envers l'abuseur et ses complices, et la tristesse face aux dégâts subis. Cette tristesse ne doit pas mener à la mort, au désespoir, mais à la vie, c'est-à-dire à une foi, une espérance et un amour renouvelés.
Le conseiller favorisera l'expression de ces deux sentiments, de manière réelle ou symbolique, mais toujours en toute sécurité, à savoir dans le cadre protégé des séances de relation d'aide.
2. Décider de revivre
Pourquoi une victime d'abus sexuel devrait-elle décider de revivre, après tout ce qu'elle a souffert et souffre encore ? Tout simplement parce qu’il est meilleur pour elle de choisir la vie et non la mort.
Choisir de revivre signifiera pour elle :
a. Refuser d'être morte
Elle trouve normal de vivre avec un corps et une âme morts ; Paradoxalement, cela lui permet de survivre, en ne risquant plus de ressentir la joie ou la douleur.
b. Refuser de se méfier
La victime se méfie tous les êtres humains. Une femme violée, en particulier, voit tout « mâle» comme étant le « mal». Elle devra apprendre à transformer sa méfiance envers les hommes en vigilance, ce qui est tout différent.
c. Ne plus craindre le plaisir et la passion
Ces deux éléments la ramènent au drame qu'elle a subi, alors elle les fuit. Ce faisant, elle se prive de ces deux dons.
Ayant été victime du désir (pervers, mais désir tout de même) de quelqu'un, elle « jette le bébé avec l'eau du bain», c'est-à-dire qu'en rejetant l'abus qu'elle a subi, elle rejette en même temps tout désir, même le sien.
Elle doit réaliser que ce n'est pas parce que quelqu'un a eu un désir pervers envers elle qu'elle doit désormais renoncer à son propre désir.
d. Oser aimer à nouveau
Elle devra progressivement renoncer à ses attitudes auto protectrices et à son repli sur elle-même pour goûter à nouveau à la joie d'aimer les autres et de nouer des relations chaleureuses et sûres.
Elle quittera sa carapace pour retrouver un cœur tendre, capable de prendre le risque d'aimer ceux qu'elle rencontre. Elle abandonnera ses défenses, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne s'entourera pas de protections. Une protection n'est pas une défense.
Elle découvrira alors que, s'il est vrai qu'une ou plusieurs personnes l'ont trahie, la grande majorité des autres sont dignes de confiance.
LE DÉVOILEMENT DES ABUSEURS
1. Qui sont-ils ?
En très grande majorité ce sont des jeunes gens ou des hommes, provenant de toutes les classes de la société et de tous les milieux.
Souvent, ils font partie de l'entourage de la victime : un camarade, un voisin, un chef scout ou un animateur de jeunes, un baby-sitter, un enseignant, un patron, un collègue de travail, un prêtre, etc.
Ce sont aussi très souvent des membres de la famille : le père, l'oncle, le grand-père, le grand-oncle, le beau-père (de plus en plus fréquemment du fait de l'augmentation des remariages et des familles recomposées), le frère, le demi-frère ou le quasi-frère, le beau-frère, le cousin, etc. On parle alors d'inceste ou d'abus sexuel intra-familial.
Il s'agit, plus rarement, d'une personne inconnue de la victime.
Il est à noter que 80% des agresseurs ont été eux-mêmes victimes d'abus dans le passé, ce qui ne les excuse nullement, mais peut expliquer en partie leur comportement.
2. Le dévoilement
Une victime a beaucoup de mal à dénoncer son agresseur ; elle révèlera plus facilement l'abus lui-même. Pourtant, cette dénonciation a une grande portée thérapeutique et il faut l'encourager à rompre le silence. Une fois dite à un autre, la parole devient inter-dite et non plus interdite, comme le voulait le pervers.
Mais cette dénonciation est souvent mal acceptée par la société. Tant qu'une personne sexuellement abusée ne dénonce pas le coupable, elle est considérée comme victime. Mais le jour où elle décide d'en référer à la Justice, on la considère alors comme coupable d’accuser quelqu'un, et le crime commis envers elle va être nié.
C'est pourquoi par exemple la grande majorité des femmes violées se résignent à rester des victimes à vie et donc à se taire, par peur d'être en fin de compte accusé du crime qu'elles dénoncent. Or, elles ne devraient jamais hésiter à rendre le poids du crime à celui à qui il appartient : le violeur.
Il faut néanmoins savoir que, si porter plainte a une portée thérapeutique, le processus judiciaire est long, pénible et coûteux. Les interrogatoires répétés, le manque de respect et de tact de certaines personnes , la honte de dévoiler son histoire devant tout le monde, l'impression de ne pas être crue, entraînent ce que l'on appelle une victimisation secondaire. A chaque fois qu'elle relate le viol, la femme se sent à nouveau violé.
Le soutien, matériel et psychologique, d'organismes spécialisés dans l'aide aux victimes d'abus sexuels, est précieux dans ce genre de démarche, d'autant plus que le jugement prononcé sur le coupable, souvent trop clément, semble décevant et injuste à la victime et ravive sa douleur.
Si vous êtes mis au courant d'un cas d'abus sexuel, la première chose à faire est d'éloigner la victime de l'abuseur, affin d'éviter que ce dernier ne recommence.
Dans le cas particulier d'abus sexuel sur mineur, la deuxième démarche est d'informer les autorités compétentes (services sociaux et police).
La loi vous fait obligation de ce dévoilement, et vous devez dans ce cas-là rompre le secret professionnel, sinon vous risquez d'être considéré par la loi comme complice. Cette dénonciation vise à protéger la victime et les autres victimes potentielles, et à obliger le coupable à arrêter ses agissements.
3. Les réactions des abuseurs à leur dévoilement
Un récent Colloque européen sur les violences sexuelles a établi que 82% des abuseurs n'admettent pas leur responsabilité (53% nient même totalement les faits). Seuls 18% d'entre eux admettent les faits, et encore parce qu'ils y sont obligés après confrontation avec les victimes, et non sans les accuser de les avoir "provoqués»
Cette négation des faits leur permet de persévérer dans leur perversion, et donc de ne pas être privés de leur jouissance, qui seule compte pour eux.
Quand ils ne peuvent plus nier les faits, ils les admettent en minimisant ou en niant les conséquences désastreuses sur les victimes, surtout si l'abus a été exempt de violence physique. S'ils ont du remords ou du regret, ce n'est jamais de leurs crimes, mais de s'être fait prendre et de devoir cesser.
Si un psy se montre indulgent envers un pervers, parce qu'il désire régler rapidement une situation qui le dépasse ou le dégoûte, il risque d'être manipulé par l'abuseur qui fera preuve d'un « repentir» à bon marché pour continuer en paix ses activités vicieuses cachées. Il se fait ainsi son complice, ce qui est grave.
Une réaction possible du coupable d'abus est la suivante : il salit et s'allie. Il salit les victimes ou d'autres personnes innocentes en les accusant du mal que lui-même commet ; ce faisant, il soulage ainsi sa culpabilité. Par ailleurs, il s'allie ceux qui peuvent devenir ses alliés et ses défenseurs (un père incestueux s'allie sa femme pour qu'elle le laisse abuser de leur fille).
Un pervers qui est dévoilé et qui refuse de se repentir peut tomber dans la panique, la dépression, l'alcool ou le suicide ; plus souvent il s'endurcit et continue de manière accrue ses pratiques.
Il est extrêmement rare qu'un délinquant sexuel se repente réellement, (tout au plus exprimera-t-il quelques vagues « regrets»), mais il faut toujours lui en donner l'occasion.
En conclusion, tout thérapeute devrait avoir à cœur de se former dans ce domaine si particulier, s'il veut s'occuper de personnes ayant souffert de ce drame que constitue l’abus sexuel.